Levée de fonds, RSE

La RSE comme argument en levée de fonds : mythe ou levier ?

RSE, investisseurs et levée de fonds, où en est on ?

Ces dernières années ont vu l’adoption de nombreux textes en lien avec la RSE : plusieurs directives européennes, la loi Pacte et d’autres lois et réglementations, qui imposent aux entreprises de se préoccuper de leurs impacts sociaux et environnementaux. L’application de ces textes a fait apparaître des écarts entre discours et actions et des attitudes qualifiées de “greenwashing”, qui jettent un doute sur la sincérité des déclarations d’engagements RSE.

Or, la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) n’est pas seulement une exigence réglementaire, elle répond aussi aux attentes d’un nombre croissant d’investisseurs.

Dans ce contexte, une question se pose : les critères ESG/RSE sont-ils de simples cases à cocher, ou un argument majeur capable de renforcer la crédibilité d’une entreprise qui lève des fonds ?

D’un côté, les investisseurs recherchent des entreprises résilientes et responsables, capables de concilier performance financière et engagement sociétal.

D’un autre côté, la réalité du terrain révèle un manque de transparence, une qualité médiocre des rapports ESG et des d’écarts significatifs entre engagements et actions.

Dans cet article, nous aborderons :

  1. Les attentes réelles des investisseurs en matière de RSE.
  2. Les contradictions qui minent la crédibilité des démarches RSE.
  3. Comment crédibiliser la démarche RSE dans le cadre d’une levée de fonds.

Les attentes des investisseurs : entre performance financière et RSE

La RSE, un indicateur de plus en plus regardé

Les critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) prennent une place grandissante dans les grilles de sélection des investisseurs.

Selon une étude PwC de 2021, 79 % des investisseurs intègrent désormais ces critères dans leurs analyses, tandis que 49 % d’entre eux sont prêts à désinvestir si une entreprise ne prend pas de mesures suffisantes en matière de RSE.

Cette tendance s’explique en partie par une recherche accrue de résilience et une gestion proactive des risques – qu’ils soient réglementaires, réputationnels ou climatiques.

Les investisseurs ne se contentent plus de promesses : ils cherchent des preuves tangibles d’engagement et de résultats.

👉 Les fonds labellisés ISR (Investissement Socialement Responsable) ou Green Fin attirent de plus en plus de capitaux car ils constituent un gage de confiance et de transparence.

La tension entre performance financière et impact durable

Cette intégration des critères ESG ne se fait pas sans tensions.

Comment concilier des engagements durables, parfois coûteux à court terme, avec la nécessité de générer des profits immédiats ?

Cette tension prend forme lorsque les engagements en faveur de la transition énergétique se heurtent aux réalités économiques et aux attentes des actionnaires. Elle illustre le défi auquel font face les dirigeants : transformer la RSE en un levier de performance.

Les investisseurs sont de plus en plus attentifs à la qualité des rapport RSE lors d'une levée de fonds

Les freins à la crédibilité : opacité, qualité des données et contradictions

Manque de transparence et imprécision

Malgré l’importance croissante des critères ESG, seuls 33 % des investisseurs estiment que la qualité des rapports RSE est suffisante (PwC, 2021). La plupart d’entre eux soulignent :

  • Des données incomplètes, notamment pour les émissions indirectes (Scope 3), souvent difficiles à mesurer et à rapporter.
  • Des informations difficilement comparables, chaque entreprise utilisant ses propres indicateurs, rendant les comparaisons impossibles.
  • Le “greenwashing” pratiqué par certaines entreprises, qui communiquent sur des engagements ambitieux, sans actions concrètes ni preuves tangibles, discréditant ainsi l’ensemble des démarches RSE.

👉 Ces lacunes nuisent à la crédibilité des projets et compliquent la prise de décision des investisseurs, qui peinent à distinguer les engagements réels des simples opérations de communication.

Contradictions entre discours et actions : le cas BP

En 2020, BP s’est positionnée comme un leader de la transition énergétique, annonçant un plan ambitieux pour devenir une entreprise « net zéro » (neutralité carbone) d’ici 2050. Ce virage stratégique, salué par les investisseurs, reposait sur des engagements concrets : réduction des émissions, développement des énergies renouvelables, et une enveloppe de 5 milliards de dollars par an dédiée à cette transition.

📌 Pourtant, en 2025, la réalité économique a rattrapé ces ambitions. Face à la volatilité des marchés de l’énergie, BP a réduit ses investissements dans les énergies vertes pour se recentrer sur le gaz et le pétrole, des secteurs plus rentables à court terme.

Ce revirement a un coût : une perte de crédibilité auprès des investisseurs et des observateurs, qui ont dénoncé un manque de fiabilité dans leur communication et une stratégie fluctuante.

Leçon clef : les investisseurs ne valident pas simplement les engagements à un instant T, mais aussi la cohérence et la transparence dans leur mise en œuvre. Même si une stratégie RSE implique des compromis financiers à court terme, sa crédibilité repose sur un suivi rigoureux et une communication honnête – deux piliers que BP a négligés, mettant en jeu sa réputation.

👉 Ce cas illustre bien la tension entre les engagements long terme et les exigences de rentabilité immédiate, un défi majeur pour les entreprises qui doivent aujourd’hui concilier performance financière et responsabilité sociétale.

Levée de fonds : crédibiliser la démarche RSE auprès des investisseurs

Comment crédibiliser sa démarche RSE auprès des investisseurs

Pour transformer la RSE en un levier stratégique lors d’une levée de fonds, les entreprises doivent adopter en matière de RSE une démarche rigoureuse, transparente et alignée avec leur stratégie globale.

💡 Trois actions clefs pour y parvenir :

1. Intégrer la RSE dans la stratégie globale

La RSE ne doit pas être un simple ajout cosmétique, mais une démarche résolument alignée avec la vision et les actions de l’entreprise.

2. Améliorer la transparence et la qualité des rapports

Les investisseurs exigent des données fiables et comparables.

  • Adoption de normes reconnues comme les ESRS (European Sustainability Reporting Standards) ou le TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures).
  • Publication de rapports complets, incluant non seulement les succès, mais aussi les échecs et défis rencontrés – une transparence qui renforce la crédibilité.
  • Recours à des tiers indépendants pour auditer les rapports et éviter tout soupçon de greenwashing.

3. Dialoguer avec les investisseurs

Une communication claire et proactive est essentielle dans ce domaine comme dans tous les autres, pour convaincre les investisseurs du sérieux de votre démarche :

  • Décrire en détail comment la démarche RSE va créer de la valeur à long terme, par exemple en réduisant les risques réglementaires, en stimulant l’innovation ou en renforçant la résilience de l’entreprise.
  • Montrer des preuves tangibles : étayer vos affirmations avec des données concrètes et chiffrées (ex : réduction des coûts énergétiques, diminution du turn-over des salariés,…).
  • Anticiper les questions difficiles et préparer des réponses précises et honnêtes, notamment sur les compromis entre performance financière et impact durable.

Cette approche contribue à crédibiliser la démarche RSE et à en faire un atout pour votre levée de fonds, prouvant aux investisseurs que votre engagement est authentique, mesurable et cohérent avec votre stratégie globale.

🧭 Pas d’avenir sans démarche RSE

On ne peut plus considérer la RSE comme un simple argument marketing ou la réponse technique à une contrainte réglementaire.

Elle est désormais considérée comme un levier attendu par les investisseurs, à condition d’être crédible, transparente et cohérente avec la stratégie globale de l’entreprise.

De plus en plus exigeants sur ce point, les investisseurs récompensent les entreprises capables d’allier performance financière et impact positif mais attendent des éléments tangibles – des engagements concrets, des données vérifiables et une communication honnête.

À l’avenir, les entreprises qui sauront concilier ces deux dimensions – évitant les écueils du greenwashing et alignant leurs actions sur leurs discours – seront celles qui attireront le plus de capitaux.

La RSE n’est plus une option, c’est un atout décisif pour séduire les investisseurs et bâtir une croissance durable.