Le mentoring en France : état des lieux, freins et opportunités
Si le mentoring est une pratique ancienne et largement adoptée dans de nombreux pays, son développement en France reste contrasté. Alors que le mentoring français gagne lentement en visibilité, il reste encore méconnu ou mal compris.
Pourtant, cet accompagnement personnalisé, basé sur le partage d’expérience, peut répondre à de nombreux enjeux des professionnels et entreprises hexagonaux.
Mais quel est aujourd’hui l’état du mentoring en France ? Quels sont ses cadres d’exercice, ses freins et ses opportunités ?
Cet article propose un tour d’horizon des spécificités de cette pratique en France et les perspectives qu’elle nous offre.
État des lieux du mentoring en France
Une pratique en développement, mais contrastée
En France, le mentoring se développe inégalement selon les secteurs et les types d’organisations.
Contrairement à des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada ou les pays nordiques (Suède, Danemark), où il est souvent intégré dans les politiques publiques de développement professionnel, le mentoring français reste moins structuré et moins institutionnalisé.
👉 Selon l’étude EMCC France (2020, « État du mentorat en France »), le mentoring bénévole est fortement présent dans les grands groupes, les associations et les milieux universitaires mais moins répandu dans les PME.
En 2025, le Collectif Mentorat a lancé, en partenariat avec France Travail, des expérimentations dans 29 agences pilotes pour intégrer le mentorat à l’offre de service du premier opérateur public de l’emploi. Ces initiatives témoignent d’une volonté croissante de faire du mentorat un outil de droit commun des politiques d’insertion et de développement professionnel.
Comparaison internationale : des modèles variés
Le mentoring ne se déploie pas de la même manière selon les pays et la France présente des spécificités notables :
- États-Unis/Canada : le mentoring est très répandu, souvent lié à la lutte contre la pauvreté et à l’intégration professionnelle. Les mentors y sont majoritairement des actifs expérimentés et les programmes ciblent aussi bien les jeunes que les adultes en reconversion.
- Royaume-Uni/Allemagne : forte culture du mentoring, avec des dispositifs publics et privés pour soutenir les entrepreneurs et les managers. Le mentoring y est perçu comme un levier de performance et d’innovation.
- Pays nordiques : le mentoring est intégré dans les politiques RH et soutenu par l’État pour favoriser l’innovation et l’inclusion. Il est souvent associé à des programmes de développement continu des collaborateurs.
- France : le mentoring se décline en trois cadres principaux :
📌 Mentorat sociétal : programmes bénévoles, comme le plan « 1 jeune, 1 mentor », adossé à « 1 jeune, 1 solution ». Contrairement à la moyenne européenne, où les mentors sont souvent des étudiants ou jeunes adultes, les mentors français de ce programme sont majoritairement des adultes diplômés, ce qui rapproche le modèle français du modèle américain.
📌 Mentorat interne : développé dans les grands groupes, avec des programmes durables (en moyenne 5 ans) et ciblant principalement les cadres et hauts potentiels. Dans les PME, les programmes sont souvent en phase d’expérimentation ou limités par des contraintes de moyens et de temps.
📌 Mentorat d’affaires (business mentoring) : en croissance, notamment dans les incubateurs et cabinets de conseil (ex : CORBET Associés). Les business mentors ont en moyenne 20 ans d’expérience et des compétences managériales, stratégiques avérées.
Les freins au développement du mentoring en France
Méconnaissance et a priori
Le premier obstacle au développement du mentoring en France est sa méconnaissance. Beaucoup de professionnels confondent encore mentoring, coaching et tutorat, ce qui limite la compréhension de ses bénéfices spécifiques.
Par ailleurs, plusieurs a priori persistent :
- Le mentoring serait réservé à une élite (cadres, dirigeants) ou nécessiterait un budget important.
- Il serait uniquement destiné aux jeunes, alors qu’il s’adresse à tous les âges et tous les niveaux de carrière.
- Il serait peu accessible aux petites structures, alors que des solutions adaptées existent (ex : mentorat à distance, séances courtes).
Culture professionnelle réticente
La culture professionnelle française, parfois marquée par un individualisme prononcé, peut freiner l’adoption du mentoring. Certains dirigeants ou professionnels ont du mal à admettre le besoin d’être accompagnés, par peur de paraître vulnérables.
De plus, le mentoring est parfois stigmatisé : il peut être perçu comme un signe de faiblesse, alors qu’il s’agit en réalité d’un levier de croissance et de performance. Enfin, dans certaines entreprises, la transmission des savoirs n’est pas toujours valorisée, ce qui limite la mise en place de programmes de mentoring internes.
Manque de cadre et de financement
En France, les dispositifs publics dédiés au mentoring sont encore rares, contrairement à d’autres pays où il bénéficie d’un soutien institutionnel fort. De plus, certaines PME hésitent à investir dans un accompagnement non subventionné, en raison du coût perçu.
Enfin, dans les PME, les programmes de mentoring sont souvent limités par des contraintes organisationnelles (manque de temps, absence de budget pour lancer un programme en interne ou faire appel à un prestataire), comme le souligne l’étude EMCC France (2020).
Les opportunités et situations où le mentorat est pertinent
Un besoin croissant d’accompagnement
Le mentoring est pertinent dans de nombreuses situations, tant dans la vie professionnelle que personnelle.
- Les choix de carrière ou réorientations professionnelles.
- Le développement de son réseau ou son intégration dans une nouvelle organisation.
- La préparation d’un examen ou une prise de poste.
- La création d’entreprise ou la gestion d’une phase de transformation.
- Les périodes d’incertitude (questionnements, passage d’un cap significatif).
- Le développement du leadership ou l’amélioration du management.
- L’adaptation à de nouvelles modalités de travail (télétravail, hybridation).
L’essor des réseaux et certifications
Le mentoring en France bénéficie d’un cadre de plus en plus structuré.
- La certification MentorCert, développée dans le cadre d’un projet de recherche européen (programme Erasmus), dédiée au métier de Business Mentor.
- Le développement de l’ingénierie en mentorat, avec des formations complémentaires pour les coachs professionnels souhaitant élargir leurs compétences. Bien que les postures du mentoring et du coaching soient distinctes, une synergie émerge entre les deux pratiques (source : EMCC France, 2020).
- La complémentarité avec le coaching : les professionnels formés aux deux approches peuvent ainsi proposer un accompagnement plus complet.
Un levier pour la compétitivité et l’inclusion
Le mentoring représente un levier stratégique pour les entreprises et les professionnels.
- Fidélisation des talents : il réduit le turnover et renforce l’engagement des collaborateurs.
- Innovation : il favorise la circulation des savoirs tacites (non formalisés dans les procédures) et stimule la créativité.
- Inclusion : le mentoring sociétal (ex : « 1 jeune, 1 mentor ») contribue à l’insertion professionnelle et à l’intégration interculturelle.
Comment le mentoring pourrait-il se développer en France ?
Sensibilisation et formation
- Mener des campagnes d’information sur les bénéfices concrets du mentoring, en s’appuyant sur des témoignages de dirigeants et des études de cas.
- Intégrer le mentoring dans les cursus de formation des managers et dirigeants, afin de familiariser les futurs professionnels à cette pratique.
Soutien institutionnel et économique
- Mettre en place des subventions pour aider les entreprises à lancer des programmes de mentoring.
- Développer des partenariats public-privé pour créer des dispositifs accessibles et pérennes.
Adaptation aux besoins spécifiques
- Proposer des formats flexibles (mentoring à distance, séances courtes) adaptés aux TPE/PME.
- Développer des programmes sectoriels ciblant les secteurs en tension (tech, santé, industrie).
FAQ : questions sur le mentoring en France
Le mentoring se développe constamment en France mais reste moins structuré que dans des pays comme les États-Unis ou les pays nordiques. Il est surtout présent dans les grands groupes, les associations, les incubateurs et les cabinets de conseil.
- La méconnaissance de la pratique.
- Les a priori (réservé à une élite, coûteux, destiné aux jeunes).
- Une culture professionnelle parfois réticente.
- Un manque de cadre et de financement public.
Le mentoring est utile et efficace dans de nombreux cas :
- Choix de carrière, création d’entreprise, prise de poste.
- Développement du leadership, adaptation à de nouvelles modalités de travail.
- Périodes d’incertitude ou de transition professionnelle.
- Les réseaux professionnels (ex : EMCC France).
- Les plateformes spécialisées dans l’accompagnement.
- Les cabinets spécialisés tels que CORBET Associés, proposent des accompagnements professionnels à la carte.
Le mentoring en France
Le mentoring en France est une pratique en développement constant mais au potentiel encore méconnu et sous-exploité.
En surmontant peu à peu les freins culturels et structurels, il devient un levier majeur pour les professionnels et les entreprises qui l’utilisent dans des contextes variés : intégration, leadership, création d’entreprise, gestion de phases de transformation, etc.
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